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Une chance sur un million de trouver un donneur compatible

Entretien avec le Docteur Christophe Picard et le professeur Didier Blaise

Le Dr. Christophe Picard est responsable du laboratoire d’immunogénétique de l’EFS-AM (Etablissement Français du Sang Alpes-Méditerranée dirigé par le Pr Jacques Chiaroni) à Marseille et du centre donneur de la région PACA, qui travaille en partenariat avec l’IPC. Le Professeur Didier Blaise dirige le Département d’hématologie de l’IPC.

 

Qu’est-ce que la compatibilité HLA ?

Dr. Christophe Picard : Le HLA (pour « human leukocyte antigen ») est le groupe de marqueurs génétiques de la compatibilité tissulaire humaine. Il est distinct des groupes sanguins, systèmes de molécules exprimées sur les globules rouges.

Le système HLA est ce qui permet au système immunitaire, c'est-à-dire aux globules blancs, de distinguer ses propres tissus de ce qu’il considère comme étranger, c'est-à-dire les virus, bactéries… Ainsi, tout corps étranger ou cellule qui ne présente pas les « bons » codes HLA à sa surface est attaqué par le système immunitaire. Donc, pour qu’une greffe classique prenne, et éviter le rejet entre la moelle du donneur et l’organisme du receveur, il est préférable de trouver la plus grande compatibilité HLA possible, même si l’on est de mieux en mieux en mesure de s’affranchir de cette exigence de compatibilité (technique de greffe haplo identique).

Or, chaque individu possède un code HLA qui lui est propre et qui se retrouve à la surface de ses cellules. On estime que 10 à 30 % des personnes vivantes possèdent un code HLA qui leur est entièrement propre et qu'aucun autre être humain dans le monde ne partage !

Une autre particularité est que la fréquence des antigènes HLA est dépendante de l’origine géographique de l’individu. Ainsi, les populations de l’Europe de Nord n’ont pas les mêmes caractéristiques génétiques HLA que les populations d’origine africaine ou asiatique.

 

Qu’est-ce qui fait que l’on est ou non « compatible » ?

Dr. Christophe Picard : Pour trouver un donneur compatible – c'est-à-dire qui va avoir un patrimoine génétique HLA le plus proche possible de celui du malade, on commence par chercher au sein de la fratrie, car c’est avec ses frères et sœurs que l’on a plus de proximité génétique.

Le patient a 25 % de chance de trouver un donneur dans sa fratrie (que l’on appelle « géno-identique »). S’il n’y a pas de donneur dans la fratrie, jusqu’à récemment, la recherche s’effectuait dans le Registre International de Donneurs de Moelle Osseuse. Mais dès que l'on sort de la fratrie, les probabilités (mêmes entre cousins par exemple) de deux individus d'être totalement compatibles peuvent être de l'ordre d'une sur quelques millions. Selon les sources, un patient d’origine européenne a 30 % à 60 % de chance de trouver un donneur HLA-compatible non apparenté (appelé « phéno-identique »). 

 

Est-il possible de contourner ce frein de compatibilité HLA ?

Pr. Didier Blaise : Oui. Aujourd’hui, il est devenu possible de réaliser une greffe allogénique sans provoquer de rejet, avec seulement un seul haplotype (ensemble de gènes liés situés sur un chromosome) commun. Il y a 30 ans, les premiers essais s’étaient soldés par des échecs. Depuis peu, grâce à de nouvelles techniques, ce type de greffe, dite haplo-identique ou « haplo mismatch », prend avec une efficacité qui semble aussi bonne, sinon plus, que les autres greffes compatibles. Nous élargissons donc considérablement le champ de donneurs potentiels : les deux parents et les enfants de chaque patient deviennent des donneurs possibles. De plus, quelques jours suffisent pour lancer la procédure et nous gagnons un temps précieux.

 

 

Les missions du laboratoire d’immunogénétique et d’histocompabilité de l’EFS Alpes-Méditerranée

Le travail  du  laboratoire d’immunogénétique et d’histocompabilité de l’EFS Alpes-Méditerranée est avant tout de déterminer la compatibilité HLA entre donneurs et receveurs dans les greffes de cellules souches hématopoïétiques, les transplantations d’organes mais aussi dans les inefficacités plaquettaires post-transfusionnelles. Ce qui suppose deux activités principales : le typage des molécules HLA des patients et des donneurs, en particulier pour les greffes de moelle osseuse et la recherche des allo-anticorps anti-HLA dans le cadre des transplantations d’organes, rein, cœur, poumon, foie…

Nous sommes aussi Centre Donneur de la région PACA-Corse (hormis les Alpes-Maritimes), qui recrute des Donneurs Volontaires de Moelle Osseuse, en collaboration avec les sites de prélèvements. Un plan national de recrutement de donneurs, basé sur l’anonymat, le volontariat et la gratuité et encadré par des règles éthiques strictes, est fixé par l’agence de Biomédecine.

En France, on compte 32 centres donneurs dont 22 centres EFS répartis sur 11 régions.

Les progrès clés de la technique de greffe

 

  • Grâce à l’avènement de la greffe haplo-identique (ou haplo mismatch) on commence à s’affranchir de la totale compatibilité HLA.
  • Grâce aux fichiers de donneurs et aux banques de sang de cordon, on peut réaliser des greffes quand il n’existe pas de donneurs dans la famille.
  • Grâce au recul de la toxicité, on peut greffer au-delà de soixante ans, voire 70 ans.
  • Grâce à la cytaphérèse, il n’est plus indispensable de pratiquer des prélèvements de moelle osseuse par ponctions dans les os du bassin.
  • Grâce à une meilleure connaissance et prise en charge des complications, les séjours hospitaliers sont moins longs.