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La vie, qui va toujours …

Soignée à l’IPC pour un cancer du sein en 2003, Marie Semidei raconte dans un livre, avec simplicité, sincérité et humour, son « voyage au pays du cancer ». Elle a accepté de nous confier les extraits suivants … 

 

« J'ai eu un cancer du sein, au fil des mois, j'ai noté tout ce qui m'arrivait, comme un explorateur note sur un carnet de bord ce qu'il découvre dans un voyage qu'il ne fera qu'une fois; Je suis partie "au pays du Cancer" et je ne souhaite pas y retourner ! De ces notes est né ce manuscrit : un témoignage qui raconte cette expérience douloureuse qui m'a menée au bout de moi, et m'a transformée. Le cancer est une maladie terrible, mais ce n'est aussi qu'une maladie dont on peut guérir. J'aimerais que l'on porte un autre regard sur les « cancéreux », ils restent des êtres humains à part entière, et je voudrais que l'on se préoccupe autant des malades que de la maladie ! Si une seule personne, en lisant ces lignes, se dit que rien n'est perdu, alors, je serais heureuse d'avoir apporté réconfort et soutien. »

 

INTER : RTT chimio

« Me voilà au bloc opératoire, il fait bon dans ce bloc ...Je crois qu'il est vert, oui, c'est ça, le carrelage est vert, et moi VERTE DE PEUR ! Une dame se penche vers moi: « Bonjour je suis l'anesthésiste ». Je lui réponds: « Bonjour, j'ai peur ! » Et puis plus rien. « j'ai dormi sur la banquette du salon, il est 7h lorsque je me lève, j'avais rendez-vous à 11h, je me fais un café...à quoi ça servirait que j'aille à la clinique ? Pourquoi un CDI puisque j'ai un programme de « vraie cancéreuse » ? Oui, mais, si je m'en sors ? Si c'est vrai, que l'on « peut vaincre le cancer ? ». Je vais me dire quoi, si je guéris ? Que j'ai été stupide de ne pas saisir ma chance ? Je vais y aller, qu'est ce que je risque ? Je réfléchis... Je vais avoir une chimio toutes les 3 semaines à peu près. Ça veut dire que, je pourrais faire ma chimio pendant mes RTT ? Mais, je peux y arriver ? Le poste est pour moi, de toutes manières, qu'est ce que je risque ? Donc, je prends l'option; « j'y vais ». 

« Pour l'instant, je n'ai rien voulu voir, je fais comme si on ne m’avait rien enlevé... Politique de l'autruche... Et alors, elles ne sont pas malheureuses, les Autruches ? Je sais qu'à droite, il n'y a plus rien ou presque, je ne pose pas ma main, sur ce « coin-là ». Je ne peux pas, pas encore. J'ai mis un grand pull, j'ai 2 redons qui sortent du gros pansement, ils ont été changés, ce ne sont plus des flacons, mais des poches en plastique, bien plus pratiques, pour enfouir sous un pull... Une veste, et voilà, c'est bien. Quand on dit : Cancer, est-ce que les autres ne vous voient pas déjà morts ? Je suis au début d'une route qui va me mener où ? Et si moi, j'ai peur, que dire d'eux ? De leur angoisse ? De leur gêne à être bien portants ? Qui peut dire à son entourage : « Alors, il vous fait peur, mon cancer ? »... On ne peut pas parler comme ça. Voilà pourquoi, quelques fois, je serais plus « à l'aise » là-bas, à  L'IPC, avec les « mêmes » que moi, parce qu'en parlant de « nos »' problèmes on se donne de la force, sans s'en rendre compte.

 

INTER : Allez hop, comme à la piscine

La chimio, c'est demain, le 10 avril. Demain... Le grand saut du plongeoir « des grands », allez, Hop! Comme à la piscine, à Gap, quand, le prof de gym libidineux montait derrière nous, pour voir si on allait bien sauter. Allez Marie, saute ! C'est pas le prof, que tu as aux trousses cette fois, c'est le crabe.

Puisqu'il faut bien sourire un peu : je n'ai plus un poil, sur tout le corps! Grosse économie  en crème dépilatoire, et les moustiques ne s'approchent pas de moi : pas fous les insectes (appelez-moi Mme Baygon !) « Attention, elle est polluée, elle se parfume à l'insecticide ! ».  La fin d'une chimio, c'est dur, eh oui ! On se sent…  Comment dire ? Livrée à soi-même, « délaissée » par l'équipe médicale qui nous a tant entourée, on n’a plus la grosse couverture chimique qui nous empoisonnait mais nous préservait en même temps... Très paradoxal, comme sentiment. On est ainsi, après la chimio, on a perdu nos « béquilles ». On n'ose pas dire : « j'ai peur sans chimio », on en parle entre nous, on se le dit... Personne d'autre ne peut comprendre... Compliqué.

 

INTER : Rencontre avec moi-même

J'essaie de surnager dans cet océan de peur et d'angoisse, je prends un petit morceau rigolo de la journée, un petit détail amusant, et je l'étire, pour m'en faire une grande couverture toute douce, où je peux me pelotonner quand c'est trop dur, quand ça fait mal, je m'enroule dans ma couverture ''patchwork" de jolies choses. J'ai appris une chose à cause du cancer : je tiens à ma vie. C'est tout bête, hein ? Mais, c'est vrai. Et puis, dans cette histoire, j'ai rencontré quelqu'un : moi ! Je me suis découverte et je me conviens parfaitement. La maladie, avec son cortège d'horreurs, m'a réconciliée avec moi, Marie.

Surtout, ne pas croire que la vie, parce que je vais mieux, est rose et bleue, et semée de fleurs... Surtout ne pas « idéaliser » sa guérison, ne pas rêver sa vie d'après... Il ne « faut » pas penser que « sortir » du cancer ne donne droit qu'aux bonnes nouvelles. La vie reprend ses droits, et elle a raison ! Il y aura toujours un lavabo bouché, un tracas, une facture, un souci. « C'est la vie qui va toujours » chantait Trenet, C'est la vie de tous les jours, sans chimio, sans bilans, sans rayons !

Les années ont passé... 7 ans me séparent de cette histoire, je ne l'oublie pas, mais j'ai recommencé à vivre « normalement » « Ne baisse pas les bras, tu pourrais le faire 2 minutes avant le miracle ».

 

Marie Semidei : Les Amazones n’ont pas peur des crabes, éd. Société des Écrivains - Prix : 13€ - 162 pages - ISBN : 9782748368109 - Témoignage