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Prendre en compte l'individualité des sujets âgés

Entretien avec le Dr Frédérique Rousseau, oncologue médical, responsable de l’unité d’onco-gériatrie

L’onco-gériatrie devient-elle un sujet d’actualité ?

Dr Frédérique Rousseau : L’onco-gériatrie allie deux approches, celle des oncologues et celle des gériatres, afin de prendre en charge le cancer en tenant compte des phénomènes du vieillissement, que celui-ci soit sain ou pathologique, dans le cadre d’une approche globale du patient.

Aujourd’hui, l’onco-gériatrie répond à un problème majeur de santé publique. En effet, d’une part le pourcentage des « 65–70 ans et plus » dans la population est en constante augmentation, d’autre part de nombreux cancers surviennent après 70 ans.

En quoi la prise en charge d’un patient âgé est-elle différente de celle d’un adulte ?

Dr Frédérique Rousseau : Pour tout individu, les traitements du cancer sont lourds, agressifs, longs, avec un retentissement notable sur l’ensemble des aspects de la vie quotidienne. Ce retentissement s’avère d’autant plus marqué que la personne est fragile sur le plan social, ce qui est plus fréquent chez les sujets âgés.

Par ailleurs, si le vieillissement en soi n’est pas une maladie, il entraîne chez l’individu une diminution des réserves fonctionnelles de l’organisme. D’un point de vue médical, l’âge peut influencer un traitement en termes d’efficacité mais également de tolérance. Chez le patient âgé, les effets secondaires des traitements sont accentués, les réactions de toxicité également.

Enfin, au-delà de sa pathologie cancéreuse, se posent les problématiques liées à son âge et à son état de santé sous-jacent, c’est à dire « tout le reste ». Et si tout patient de plus de 70 ans n’a pas automatiquement besoin d’une prise en charge gériatrique en soi, dans tous les cas, son parcours thérapeutique nécessite une attention particulière.

Comment l’Institut Paoli-Calmettes procède-t-il pour accueillir spécifiquement les plus de 70 ans ?

Dr Frédérique Rousseau : Depuis 2009, il existe une équipe pluridisciplinaire qui regroupe, autour d’un oncologue, deux gériatres et une Infirmière Coordinatrice. La présence de cette équipe au sein de l’Institut a permis de développer des savoir-faire spécifiques à tous les niveaux de la prise en charge.

Une attention toute particulière est portée à la prévention de la confusion, qui peut survenir après tout geste opératoire chez un patient âgé : dépistage des facteurs favorisants la confusion, mise à disposition d’un lit gratuit pour l’accompagnant, réhabilitation précoce, prise en charge ambulatoire.  Autre exemple : les patients de plus de 65 ans hospitalisés pour une allogreffe de moelle sont évalués et suivis systématiquement par les gériatres de l’Institut.

En outre, quotidiennement, nous sommes particulièrement vigilants à l’évaluation et au traitement de la douleur et de la dénutrition, qui sont des problèmes très fréquents dans la population âgée traitée pour un cancer.

Sous l’égide de l’INCa, les grands acteurs de l’onco-gériatrie en PACA Ouest se sont engagés dans une charte de bonnes pratiques.

« La charte onco-gériatrique, élaborée en 2012 avec l’ensemble des professionnels de la région impliqués en onco-gériatrie, a  maintenant été adoptée par 12 établissements de la région, contribuant  ainsi à une meilleure prise en compte des besoins spécifiques des patients âgés cancéreux.


Parallèlement à cette charte, nous travaillons avec les équipes de la région impliquées en onco-gériatrie pour élaborer des fiches de bonnes pratiques afin de dépister la fragilité, de dépister et de traiter la dénutrition, la confusion de prévenir les chutes. Par ces différentes mesures, nous voulons améliorer à l’échelle de la région la prise en charge des patients âgés atteints de cancer. »

Dr Frédérique Rousseau (IPC) et Elodie Cretel (AP-HM), UCOG PACA OUEST, à l’initiative de ce projet.

Si la proposition de participer à un protocole de recherche peut susciter chez le patient âgé et sa famille une réaction de méfiance au départ, elle constitue souvent une réelle opportunité de traitement, dans des conditions de sécurité rigoureusement encadrées.

La recherche clinique en cancérologie a pour but de répondre à des questions thérapeutiques précises concernant l'efficacité de nouveaux médicaments ou de nouvelles stratégies thérapeutiques. En oncologie, la plupart des thérapeutiques ont été élaborées à partir d'études portant sur des patients de moins de 65 ans.

Compte tenu des spécificités des patients plus âgés, il est important de développer une recherche spécifique à cette population. C'est l'une des missions des Unités de Coordination Régionale d'Onco-Gériatrie (UCOG) de promouvoir cette recherche et de favoriser l'inclusion des patients âgés dans les essais thérapeutiques.

L'intérêt d'être inclus dans un essai thérapeutique

L'inclusion dans un essai est souvent la possibilité pour un patient d'avoir accès à un médicament ou une prise en charge thérapeutique innovante.

L'équipe médicale qui propose un essai thérapeutique n'est habilitée à le faire que si elle répond à des critères médicaux et scientifiques rigoureux de qualité. En outre, tous les essais proposés en France sont soumis à un Comité de Protection des Personnes dans la Recherche Biomédicale (CPPRB).

La participation à un essai est toujours volontaire. A tout moment, le patient peut demander à sortir de l'essai sans que cela ne change ses rapports avec l'équipe qui le prend en charge.

 

 


Un programme de suivi téléphonique hebdomadaire à domicile pour les patients de plus de 70 ans

Un programme de suivi téléphonique hebdomadaire à domicile est mis en place depuis septembre 2015 pour les patients âgés sous traitement oncologique par voie orale pris en charge à l’IPC.

Soutenue par l’Agence Régionale de Santé, cette initiative novatrice prévoit de proposer aux patients de plus de 70 ans, sous traitement exclusivement oral, de bénéficier chaque semaine d’une consultation téléphonique avec un Infirmier spécialisé,  afin d’évaluer la tolérance du traitement. Cet infirmier sera l’interlocuteur privilégié du patient entre deux rendez-vous avec son médecin à l’Institut.

Ce programme vise à améliorer la prise en charge des patients en incluant tous les acteurs du soin (médecin généraliste, pharmacien, Infirmier libéral).