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« Tu ne me tueras pas ! »

Sandra Gueury a été soignée à l’IPC pour un cancer du col de l’utérus. Dans un livre poignant, elle raconte la déflagration qui a changé sa vie. Guérie aujourd’hui, elle vit à Toulon. Elle a accepté de nous confier un extrait de son témoignage…

 

« Le rendez-vous avec le sacro-saint Professeur approchait et je ne cessais d’espérer que mon médecin avait noirci le tableau, espérant même qu’il se soit trompé.

Nous sommes arrivés avec mon mari à Marseille dans ce centre de lutte anti-cancer, l’hôpital « Paoli-Calmettes ». Nous étions tous ici pour la même maladie, tous ici pour le même combat.

Je n’avais pas encore passé la porte, lorsque je me suis retrouvée nez à nez avec un infirmier poussant un fauteuil roulant dans lequel était un homme chauve et d’une maigreur cadavérique. Son visage était défiguré par la fatigue, et cet homme m’a renvoyé l’image de cet endroit que je redoutais au plus profond de moi. J’ai eu d’un seul coup envie de vomir, mal au ventre, mal à la tête… Mal dans mon corps, dans mon cœur et dans mon âme.

Mon mari me tenait le bras et sans un mot, m’écoutait lui dire :

- Mais qu’est-ce que je fais là ? Ce n’est pas possible, je ne vais pas devenir comme ça ?! C’est pas vrai ! Pas moi ! 

Son visage fermé ne réagissait pas et sa bouche ne chuchotait aucun mot, l’unique son que je percevais était son grincement de dents.

Contrairement à moi qui suis ultrasensible à se laisser submerger par ses émotions, lui avait beaucoup de mal à les exprimer. Non pas qu’il les niait, qu’il les refoulait ou qu’il faisait croire qu’elles n’existaient pas, mais j’ai toujours eu l’impression qu’il les avait enfermées dans un tiroir qui était fermement scellé.

Question de pudeur sûrement…

Nous nous sommes retrouvés dans une salle d’attente que j’ai trouvée sordide, non par la vétusté du lieu qui se voulait moderne, mais par la vue de tous ces gens maigres, sans cheveux, tristes... D’autres avaient, malgré leur perruque, des allures normales, des rondeurs et des sourires, comme s’ils étaient habitués à cet endroit qui leur était devenu familier.

Moi cet endroit me semblait irréel, jamais au grand jamais je n’aurais imaginé m’y trouver un jour !

Finit-on par accepter cet endroit ?

Finit-on par apprécier ce lieu qui est sensé nous sauver la vie ?

De toutes façons, je n’avais pas le choix et je devais l’affronter avec le plus de force possible.

Les minutes qui sont passées étaient insupportables, mon corps tremblait tellement que j’avais l’impression qu’il allait s’ébrécher. Impossible de contrôler les larmes qui se remettaient à couler.

Une femme était installée en face de moi et ne cessait de me regarder avec un air interrogateur. Après un petit moment, elle s’est invitée sur la chaise voisine et m’a dit :

- Je vous vois désemparée depuis tout à l’heure, je peux vous demander de quel cancer vous souffrez ?

 - Cancer de l’utérus, lui ai-je répondu entre deux sanglots que je n’arrivais pas à contenir.

- Ne vous inquiétez pas, ça va aller, je l’ai eu ce cancer et tout s’est bien passé. Cela fait maintenant douze ans que tout va bien !

- Je suis contente pour vous madame, ce que vous dites est rassurant, vous venez donc pour de la surveillance ?

- Non, j’espère que vous aurez plus de chance que moi car aujourd’hui, j’ai un cancer du vagin !

- Pardon ?! Vous venez me raconter votre guérison, puis maintenant, votre nouveau cancer ?! Vous croyez soulager ma peine en me disant des choses pareilles ? Je ne veux pas vous manquer de respect madame, mais retournez à votre place et laissez-moi pleurer tranquille !

Je n’ai pas été diplomate avec cette femme, j’étais trop paniquée pour être polie devant tant de bêtise et d’absurdité.

Comment peut-on tenir ce genre de discours à quelqu’un qui vient d’apprendre sa maladie ? Comme si le cancer n’était qu’une formalité !

Vexée, elle est repartie s’installer sur sa chaise en marmonnant, m’a tourné le dos et n’a plus croisé mon regard.

Mon mari qui faisait les cent pas dans la salle d’attente se demandait ce qu’il se passait avec cette femme. Lorsqu’il a voulu savoir, j’ai préféré lui répondre qu’elle venait gentiment me rassurer et que je n’avais pas le cœur à discuter. S’il avait su, je crois que les murs auraient tremblé, il était dans un état de nerfs tel qu’il ne fallait surtout pas le titiller.

Mon cœur a bondi lorsque j’ai entendu l’appel de mon nom.

Le professeur s’est présenté et, en silence, a lu la lettre de mon gynécologue. Sans un mot, il a regardé mes analyses et mon IRM, puis s’est retourné vers moi et à voix basse, m’a confirmé le diagnostic.

C’était bien de cancer que l’on parlait, c’était bien moi qui était frappée, c’était bien ma vie qu’il fallait sauver !

Il m’a donné les explications sur le protocole à suivre, mais je n’entendais pas ce qu’il me disait, j’étais dans un état de choc qui me rendait sourde et muette. Heureusement que mon mari était là  pour écouter, me soutenir et comprendre cet énigmatique protocole.

Je suis restée sourde et muette pendant un moment, puis sur le chemin du retour, j’ai pris mon téléphone pour confirmer l’inconcevable à tous mes proches. Les mots violents qui sortaient de ma bouche ont recréé un torrent de larmes que je n’ai pu stopper pendant trois longues semaines.

Trois semaines pendant lesquelles je marchais comme un zombie, je perdais la tête, je ne retenais plus rien. Mon visage fermé avait remplacé mon sourire et je croisais les gens sans les voir. J’avais perdu le goût, l’odeur, l’envie, le sommeil, le besoin de sortir prendre l’air… Tout, j’avais tout perdu.

Mon corps était vide et mon cœur plein de larmes. Mon cœur a été plein jusqu’à ce fameux matin où les enfants sont venus me rejoindre dans le lit pour me faire un câlin.

Nous sommes restés un long moment tous les trois enlacés. Nul besoin de mots de leur part, leurs bras qui me serraient m’ont vite fait comprendre à quel point ils étaient tristes et à quel point leur maman devait  réagir face à leur souffrance. Ma personnalité devait absolument reprendre le dessus sur mon état déprimé, je devais retrouver mon caractère fort, mon optimisme, mon entêtement, ma joie de vivre, ma volonté...

Je les ai serrés fort contre moi en leur promettant de ne plus jamais me laisser aller, de me battre et de nous sortir de là !

Je les ai embrassés, je me suis levée et, devant le miroir de la salle de bains, je me suis mise à imaginer que mon reflet était ce cancer qui me regardait avec un petit sourire diabolique et sournois.

Avec toute la haine que j’avais au fond de moi, je me suis adressée à cette « saleté » avec un ton enragé et je lui ai dit :

«  Ecoute-moi bien satané crabe pourri, je ne me suis jamais laissée faire dans ma vie et ce n’est pas toi qui vas commencer ! Tu n’auras pas le dessus sur moi ! Tu es bien installé au chaud dans mon corps et bien, je vais te faire déguerpir avec une force que tu ne peux imaginer ! Prépare-toi, parce que je vais relever mes manches, partir au combat et je vais t’écraser comme un sale cafard que tu es ! Je te jure sur la tête de ce que j’ai de plus cher au monde, la prunelle de mes yeux, mes amours que tu es en train de perturber, que ce n’est pas une bataille que tu vas perdre, c’est la guerre !  Je vais te « pulvériser » !

Tu veux la gagne, tu ne l’auras pas !

Tu veux me tuer, tu ne me tueras pas ! » »

 

« Tu ne me tueras pas », de Sandra  Gueury, en vente sur www.librairielalinea.fr

"...Ce bouquin est à mettre entre toutes les mains et soyez certains, il vous donnera le goût de vivre. Un ouvrage sincère, captivant, poignant, touchant, émouvant, drôle...à dévorer sans régime !"

Mylène Nicolas. TELEX