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CANCER ET SOINS COMPLÉMENTAIRES

Article paru dans la revue de l'IPC n°5

Pour soulager les effets secondaires et gagner en confort physique et moral face à des traitements médico-chirurgicaux lourds, de nombreux patients atteints de cancer font appel à des soins divers, sortant de la médecine « conventionnelle », ceux que l’on désigne à l’IPC comme les ROC, pour Recours et Offres Complémentaires, des soins non médicamenteux… 

De nombreuses publications épidémiologiques attestent du recours particulièrement élevé à des médecines non conventionnelles chez les personnes atteintes de cancer - plus que dans toute autre catégorie de malades. Celle-ci concernerait jusqu’à 81 % des répondants, selon les études et selon les types de pratiques prises en compte : à titre d’exemple, 43 % chez les patients avec un cancer de la prostate, 72 % chez les patientes avec un cancer du sein. Les questionnements suscités par la maladie cancéreuse, l’organisation de sa prise en charge et les effets de ses traitements prédisposeraient les malades à chercher de l’aide en dehors du monde médical.

Un recours en pleine croissance

Les patients atteints de cancers utilisent ainsi de façon croissante des soins, des remèdes, des traitements en faisant référence à des « médecines » appelées outre-Atlantique « alternatives » ou plus récemment « complementary and alternative medicines » (CAM) ou encore médecines « parallèles », « douces », « naturelles », « non conventionnelles », « non orthodoxes », « non validées », « holistiques », etc. A l’IPC, nous désignons ces soins par l’acronyme ROC, Recours et Offres Complémentaires. 

Cette variété d’expressions témoigne de la difficulté de définir les limites exactes du domaine des ROC, qui, au sein d’une pluralité d’offres médicales, désignent des systèmes, des approches ou des techniques qui se distinguent ou se distancient des offres biomédicales officielles et légitimes. A l’échelle des personnes atteintes de cancer, ces ROC s’inscrivent dans « les temps du cancer » et expriment l’utilisation de soins et de recours non-conventionnels dans la temporalité des traitements.  Ainsi, si les recours complémentaires sont sollicités simultanément aux soins de cancérologie,ils le sont souvent peu en première intention, et davantage motivés pour le soulagement des effets secondaires du cancer et des traitements usuels ainsi que pour le bien-être général, mental ou spirituel.

Les patients atteints de cancer, soumis à des traitements médico-chirurgicaux souvent contraignants, attendent des équipes qui les prennent en charge des égards appuyés en ce champ complexe et vaste de leur qualité de vie. Ils sont attentifs à ce qui pourra la maximiser et ce faisant, ils témoignent aussi de leur désir d’une approche médicale plus holistique. En effet, alors que nombre d’entre eux perçoivent la médecine conventionnelle comme très technique et impersonnelle, dissociant l’homme de son environnement et de son vécu, les ROC adoptent souvent une perspective plus large en s’intéressant à la santé physique, mentale, sociale et spirituelle du patient.

De l’extension à la reconnaissance

Les techniques employées par ces ROC sont multiples et constituent à elles seules, un fait social qui modifie le champ de la prise en charge du cancer, et qui en redessine les logiques de l’offre et de la demande.

La recherche en sociologie et anthropologie coordonnée par Pierre Cohen et Ilario Rossi et financée par l’INCa de 2006 à 2008, a associé cinq institutions de recherche sur cinq sites d’étude (en Belgique, Suisse, Régions PACA, Ile de France et Basse Normandie) et a permis de décrire et d’analyser les logiques sociales et culturelles qui sous-tendent les recours non conventionnels (RNC) en matière de cancer. Ce travail a été publié dans Anthropologie & Santé (2011).

Un éventail large de ROC

Les ROC englobent un large éventail de thérapies définies par la biomédecine comme des pratiques non éprouvées, en ce sens que les arguments avancés par les praticiens n’ont pas fait leurs preuves selon les critères scientifiques exigés. Pourtant, une multitude de ROC est légitimée par les usagers.

Les médecines complémentaires sont généralement prescrites en association avec la médecine traditionnelle. Il en existe une grande variété. Les plus répandues sont l’homéopathie, l’acupuncture, la phytothérapie, l’oligothérapie, la vitaminothérapie, le massage, la chiropratique, l’hypnothérapie et le yoga. Ces pratiques ont en commun pour leurs utilisateurs être naturelles et holistiques, de prévenir les maladies et de promouvoir le bien-être. Dans le domaine du cancer, elles sont utilisées par certains patients pour aider non pas à traiter le cancer mais à faire face aux symptômes de la maladie, aux effets secondaires du traitement traditionnel et ses retentissements psychologiques dans l’idée d’acquérir un confort physique et moral.

Ces ROC s’inscrivent pour les malades dans une démarche de soins originale, active, engagée. Elles déploient pour cela des techniques et des dispositifs qui mettent en relief, sous des formes très variées, une aspiration commune aux différentes approches : celle de se réapproprier l’expérience corporelle, mentale et existentielle, afin de transformer le corps objet du malade en un sujet au corps malade. Cette démarche est susceptible de contribuer à gérer l’incertitude et à favoriser le pronostic.

Les ROC dans 15 % des hôpitaux américains

Il est à noter que les ROC ont depuis longtemps bénéficié d’une reconnaissance officielle puisqu’en 1992 a été créé, aux Etats-Unis, dans le cadre du prestigieux NCI (National Cancer Institute) l’Office of Cancer Complementary and Alternative Medicine (OCCAM). De nombreuses universités américaines disposent de centres de médecines complémentaires intégrées et de nombreuses facultés contribuent à un enseignement sur les ROC ; 15 % des hôpitaux américains proposent des soins dans le cadre des ROC. Des recherches sont actuellement en cours pour tenter d’expliquer leur mécanisme et d’évaluer leur réelle efficacité.

Le plan stratégique 2010 de l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris (APHP) a fait place aux médecines alternatives et complémentaires, promues au rang de « thématique innovante » dans divers services, de la néonatalogie aux soins palliatifs en passant par les services de gastroentérologie ou les consultations anti-tabac. Dans les services où ces ROC sont utilisés, des formations de quelques jours sont dispensées pour les infirmières et les sages-femmes qui peuvent parfois suivre une formation diplômante Ainsi, par exemple, les universités de Montpellier ou de Strasbourg ont mis en place un diplôme inter-universitaire d’acupuncture en obstétrique réservé aux sages-femmes. Deux universités parisiennes - Paris VI et Paris XI - proposent un diplôme universitaire d’hypnose clinique dispensé respectivement à l’hôpital de la Salpêtrière et l’hôpital du Kremlin Bicêtre à destination de toutes les professions médicales et paramédicales.

Discours prudentiel du ministère

Devant ce développement croissant des pratiques non conventionnelles et le recours de très nombreuses personnes, le Ministère des Affaires Sociales et de la Santé avait même souhaité mettre en garde le public contre les risques pouvant exister lors de leur mise en oeuvre, et l’informer clairement et objectivement des bénéfices attendus. En 2011, fut ainsi commandée une large recherche, mise en ligne en décembre 2012 sur le site du ministère reprenant ces différents éléments. L’AFSOS (Association Francophone pour les Soins Oncologiques de Support), après une enquête nationale sur les soins non conventionnels en 2012 avait établi un premier référentiel en Soins Oncologiques de Support (SOS) intitulé : « Place des pratiques non conventionnelles à visée thérapeutique dans le parcours de soin ».