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Questions à Jean-Paul Moatti

Jean-Paul Moatti, Professeur d’économie de la santé à l’université d’Aix Marseille, Directeur du SESSTIM : « Evaluer l’impact social, économique et culturel d’une maladie qui devient chronique et qui fait appel à de nouveaux traitements, de plus en plus complexes et personnalisés »

Quand on pense à la recherche en cancérologie, on pense peu aux sciences humaines économiques et sociales…

Jean-Paul Moatti : Effectivement. Pourtant, qu’il s’agisse de sociologues, d’économistes ou encore d’anthropologues, de nombreuses disciplines sont mobilisées et apportent leur pierre à l’édifice. L’Institut Paoli-Calmettes a été précurseur en la matière. L’IPC a en effet été le 1er premier centre hospitalier Français spécialisé en cancérologie, le premier Centre de Lutte Contre le Cancer, à intégrer en son sein une unité de recherche en sciences humaines économiques et sociales de la santé, pour favoriser l’intégration des SHES à la recherche biologique et clinique en cancérologie.

 

Sur quels types de projets de recherche les spécialistes en sciences humaines économiques et sociales de la santé travaillent-ils ?

Jean-Paul Moatti : Grâce à la proximité avec les équipes de recherche biologique et de recherche clinique de l’IPC, nous intervenons en complément sur certains projets, dans le cadre des essais cliniques notamment : par exemple, dans le cadre du développement de nouveaux biomarqueurs ou d’innovations technologiques comme l’oncogénétique. Mais nos disciplines génèrent également leurs propres travaux de façon autonome, en particulier par des enquêtes auprès de la population ou des professionnels de santé impliqués dans la prise en charge et la prévention du cancer, ou en suivant des patients dans le cadre de différentes cohortes.

 

A quelles problématiques ces travaux permettent-ils de répondre ?

Jean-Paul Moatti : Nous contribuons à répondre à de nombreuses questions. Aujourd’hui, la plus importante se retrouve au coeur du troisième Plan cancer 2014-2019. En effet, malgré l’excellence de la prise en charge et de la recherche, il existe en France de réelles inégalités face à la maladie en général et aux cancers en particulier. La recherche en SHES est en première ligne pour contribuer à réduire ces inégalités, qui peuvent être liées à des problèmes d’accès aux soins, mais surtout à un déficit de prévention. 

La prévention progresse partout, pour tout le monde, mais beaucoup moins vite auprès des populations défavorisées. De plus, on enregistre un retard au diagnostic dans ces catégories de population, avec une prise en charge de la maladie à un stade beaucoup moins précoce. Actuellement, nous nous orientons donc vers des recherches interventionnelles, afin de trouver de meilleures méthodes d’information, mais aussi, l’information étant une condition nécessaire mais pas suffisante, de nouveaux types d’intervention, de façon à réduire ces inégalités de dépistage et de prise en charge. 

La deuxième grande question découle des progrès de la recherche et de l’innovation, du développement de la médecine personnalisée. Nos évaluations économiques vont permettre d’identifier les nouveaux biomarqueurs qui sont vraiment efficaces et de préciser les indications pour qu’ils soient utilisés au mieux. Prenons l’exemple d’une innovation qui apporte un bénéfice réel au patient et permet plus facilement la reprise du travail. Même si cette innovation augmente les dépenses de santé, cette dépense correspond en réalité à un investissement, source de bénéfices, à terme, pour la société et la collectivité. L’impact de nos études dans le champ de la santé publique est réel. Il s’agit de faciliter la prise de décision, pour que l’investissement dans la recherche et l’innovation thérapeutique soit le meilleur possible pour le patient Et pour la société.

 

En savoir plus sur le SESSTIM, Sciences Economiques & Sociales de la Santé et Traitement de l’Information Médicale

L’unité mixte de recherche Aix Marseille Université, Inserm, Institut de Recherche et de Développement, « UMR 912 SESSTIM », dirigée par Jean-Paul Moatti et Roch Giorgi, Professeur de Biostatistiques et Bioinformatique à la Faculté de Médecine de Marseille (Directeur Adjoint), regroupe trois équipes interdisciplinaires en sciences économiques et sociales, en épidémiologie sociale, et en biostatistiques et informatique médicale centrées sur des applications :

  • L’équipe de Claire Julian-Reynier : Cancer, Biomédecine & Société (CAN-BIOS).
  • L’équipe de Fred Eboko et de Bruno Spire : Maladies transmissibles, systèmes de santé, sociétés (ESSEM).
  • L’équipe de Bruno Ventelou : Économie de la santé et vieillissement (CRISSPOP).

A l’heure actuelle, le SESSTIM est la seule unité de recherche spécialisée en sciences économiques et sociales de la santé labellisée par l’Inserm et l’IRD, en dehors de la région Ile de France.

 www.sesstim-orspaca.org