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Cancérisation, un accident de la transmission de l’information entre cellules

L'apparition d'un cancer peut se comparer à un accident dans la transmission de l'information génétique au moment de la division cellulaire (mitose) d'une cellule-mère normale à une cellule-fille modifiée (transformée) et potentiellement cancéreuse.

Cet accident, ou mutation, fait apparaître dans l'ADN du noyau cellulaire une anomalie génétique dont la principale conséquence est que la cellule n'obéit plus aux règles de l'équilibre de l'organisme et prolifère excessivement pour donner une tumeur.

Comme pour un accident, les origines de cette mutation sont souvent multiples. Des facteurs de prédisposition rendent un individu ou une cellule plus vulnérable à un agent extérieur. Un ou plusieurs facteurs externes se combinent ou s'additionnent pour provoquer l'accident. Le caractère prolongé ou répété de leur influence augmente le risque : fumer une cigarette a peu de chances de provoquer un cancer des bronches, en fumer vingt ou quarante par jour pendant 10 000 jours (environ 30 ans) entraîne un risque considérable. Ce risque est accru si le fumeur respire profondément la fumée, si cette fumée est riche en goudrons, si le fumeur est simultanément exposé à des poussières d'amiante ou à un air très pollué, etc..

Cette accumulation des expositions explique que la fréquence des cancers augmente avec l'âge. L'accident a d'autant plus de risques de se produire qu'on y est exposé de nombreuses fois avec le temps, tandis que les mécanismes susceptibles de réparer ses conséquences s'affaiblissent avec le vieillissement.

La mutation à l'origine de la transformation cancéreuse apparaît ainsi comme un événement du au hasard. Un exemple d'accident est offert par le virus d'Epstein-Barr : sur un terrain génétique favorable, préparé par une infection chronique comme le paludisme, ce virus, transmis par une pratique culturelle («  le baiser nourricier »), entraîne une fracture de chromosomes et rapproche un oncogène d'un gène actif dans les lymphocytes, ce qui les fait se multiplier excessivement et donne selon les cas un carcinome du nasopharynx ou un lymphome malin. C'est un peu comme un automobiliste dont le véhicule est en mauvais état, qui voit mal et conduit sur une route étroite et sinueuse par temps de pluie et la nuit : s'il échappe aux premiers kilomètres, il a bien des risques d'avoir un accident plus loin, alors que ces risques seraient faibles en cas de conditions inverses.

Les cancers apparaissent ainsi en grande partie comme le produit de pratiques personnelles contrôlables. Un accident ne peut pas être absolument évité, mais ses chances de se produire dépendent largement des risques que l'on prend, de leur importance et de leur prolongation. L'information et la formation des individus prend ainsi une importance décisive, encore accrue pour des sujets qui présentent un point faible, une vulnérabilité particulière. De même qu'on ne laisse pas piloter un avion à un daltonien, une personne blonde que son phototype rend fragile vis-à-vis des rayons solaires, doit éviter de trop s'exposer au soleil.