Joindre l'IPC

04 91 22 33 33

 Prendre rendez-vous

04 91 22 30 30

Communiqué de presse


Cancer du pancréas : une étude ‘multiomique’ des caractéristiques des tumeurs pancréatiques identifie un nouveau traitement potentiel.


Dans un travail publié dans le journal Cell Reports, le Dr Juan Iovanna (Inserm) et ses collègues du Centre de Recherche en Cancérologie de Marseille (CRCM) et de l’Institut Paoli-Calmettes (IPC), en étroite collaboration avec le projet Carte d’Identité des Tumeurs (CIT) de La Ligue Nationale de Lutte Contre le Cancer et l’Université de Wisconsin aux Etats Unis.

 

Avec moins de 5% de survie à 5 ans, le cancer du pancréas affiche les plus sombres pronostics de tous les cancers. A ce jour, la chirurgie reste le meilleur traitement possible pour les 15 à 20% de patients dont la tumeur est opérable, avec une espérance de vie de 15 à 18 mois : des métastases malignes apparaissent fréquemment après l’opération. Au stade de développement métastatique, la durée de vie est alors estimée entre 3 et 6 mois. La chimiothérapie et la radiothérapie ne sont que faiblement efficaces.

 

Comme les autres cancers, le cancer du pancréas résulte de la combinaison de facteurs génétiques, épigénétiques (des modifications biochimiques du génome d’ADN) et environnementaux, qui provoquent des profils très hétérogènes de la maladie, avec des profils très contrastés de symptômes, de prédisposition à la formation de métastases, et de réponse aux traitements des patients. Du fait de cette hétérogénéité, il est très important de pouvoir stratifier les patients, à savoir de pouvoir distinguer différents types de patients en fonction de leur profil de susceptibilité aux traitements disponibles.

 

Labellisée par la Ligue Nationale Contre le Cancer, l’équipe Inserm du Dr Iovanna a généré une ‘banque’ d’environs 200 tumeurs pancréatiques humaines (PDAC) vivantes, sous forme de xénogreffes chez la souris et des cellules issues de ces tumeurs. Il faut noter que même si les patients décèdent, les tumeurs restent toujours en vie au laboratoire. L’analyse des premières 29 tumeurs révèle que ces modèles reproduisent de façon remarquable les caractéristiques des tumeurs chez le patient, ainsi que leur interaction avec l’environnement immédiat de la tumeur – on parle de microenvironnement ou stroma, avec l’avantage dans ce modèle de pouvoir distinguer les cellules tumorales humaines transformées des cellules stromales murines non transformées. L’équipe a ensuite conduit toute une série d’analyses ‘omiques’, c’est-à-dire la caractérisation globale de l’ensemble des altérations de l’expression des gènes, des modifications dites épigénétiques de méthylation de l’ADN – qui entraîne des changements de l’expression des gènes, de la présence de cellules immunes dans le microenvironnement tumoral, et du métabolisme, dans les cellules transformées d’une part, et dans le stroma de l’animal hôte d’autre part.

 

Ce profilage multiomique extensif a révélé deux sous-types principaux de PDAC avec des conséquences cliniques spécifiques pour chacun. Ces sous-types ont présentent des altérations spécifiques de la méthylation et de l’expression des gènes, ainsi que des voies de signalisation impliquées dans le ‘dialogue’ entre cellules cancéreuses et cellules stromale. L’analyse de ces voies indique des opportunités thérapeutiques qui pourraient être ciblées spécifiquement sur chacun de ces deux compartiments ou sur les interactions entre les 2 compartiments. En particulier, l’équipe du Dr Iovanna a montré que l’inhibition du transporteur de cholestérol NPC1L1 par l’Ezetimibe, un médicament déjà utilisé dans le traitement de l’hypercholestérolémie, pourrait être une approche efficace pour traiter les cancers du pancréas. Ces résultats révèlent l’interaction complexe et diverse entre les tumeurs PDAC et le stroma et démontrent le rôle central des xénogreffes pour la découverte de médicaments et leur pertinence pour les PDAC.

 

En conclusion, les données présentées dans ce travail révèlent que les xénogreffes représentent un modèle approprié pour des études précliniques, et reproduisent la diversité des cancers primaires et dans lesquels le stroma est reconstitué. Son analyse multiomique est une source riche de nouvelles cibles thérapeutiques fiables pour traiter les patients atteints de PDAC.

 

Référence :

Pancreatic adenocarcinoma therapeutic targets revealed by tumor-stroma cross-talk analyses in patient-derived xenografts

Rémy Nicolle ; Yuna Blum; Laetitia Marisa; Celine Loncle; Odile Gayet; Vincent Moutardier; Olivier Turrini; Marc Giovannini; Benjamin Bian; Martin Bigonnet; Marion Rubis, Nabila Elarouci; Lucile Armenoult; Mira Ayadi; Pauline Duconseil; Mohamed Gasmi; Mehdi Ouaissi; Aurélie Maignan; Gwen Lomberk; Jean-Marie Boher; Jacques Ewald; Erwan Bories; Jonathan Garnier; Anthony Goncalves; Flora Poizat; Jean-Luc Raoul; Veronique Secq; Stephane Garcia; Philippe Grandval; Marine Barraud-Blanc; Emmanuelle Norguet; Marine Gilabert; Jean-Robert Delpero; Julie Roques, Ezequiel Calvo; Fabienne Guillaumond, Sophie Vasseur, Raul Urrutia; Aurélien de Reyniès; Nelson Dusetti; Juan Iovanna.

Cell Rep, 2017, doi.org/10.1016/j.celrep.2017.11.003