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Marine Gilabert

MD-PhD.
Oncologie Médicale

Questions au DR Marine GILABERT

Quel est le principal objectif de cette équipe de recherche translationnelle ?

Marine Gilabert : En tant que cliniciens, notre premier objectif est d’offrir à nos patients les meilleurs traitements et de faire en sorte qu’ils s’inscrivent dans une vraie stratégie thérapeutique. Cela nous impose d’utiliser le plus intelligemment possible les traitements existants, c’est-à-dire de trouver les bonnes combinaisons thérapeutiques. Ensuite, bien sûr, nous devons contribuer au développement de nouveaux traitements plus efficaces, plus sûrs et mieux adaptés au profil de chaque patient.

Comme dans les autres équipes de recherche translationnelle de l’IPC, nos médecins travaillent avec les chercheurs du CRCM. Nous alimentons leurs recherches avec nos observations, nos échantillons biologiques et les données de nos essais. Ils nous éclairent sur la biologie de la maladie et contribuent à l’interprétation des résultats de nos études. Ensemble, nous évaluons les nouvelles opportunités thérapeutiques issues de leurs laboratoires ou de ceux de l’industrie biopharmaceutique.

Dans les cancers digestifs, quel est l’impact de la nouvelle médecine de précision ?

Marine Gilabert : À ce jour, l’exemple le plus connu est celui du gène RAS dans les cancers colorectaux. Aujourd’hui, lorsque ce gène responsable de la prolifération et de la croissance de leurs cellules tumorales n’est pas muté, les patients dont le cancer a déjà métastasé peuvent recevoir un traitement à base de Cetuximab/Erbitux® ou de Panitumumab/Vectibix® (des anticorps monoclonaux qui, en bloquant le récepteur EGF des cellules tumorales, les empêchent de recevoir le signal qui favorise leur division et leur prolifération).

D’autres indications bénéficient également de ces avancées. Ainsi, en inhibant l'action d’une enzyme directement impliquée dans la maladie (la tyrosine-kinase c-Kit), l’Imatinib/Glivec® a révolutionné le traitement des tumeurs stromales gastro-intestinales. L’anticorps monoclonal Trastuzumab/Herceptin® a aussi amélioré le pronostic des patients atteints d’un cancer de l’estomac et de l’œsophage HER2+ (les cellules cancéreuses de près de 15 % des patients possèdent un grand nombre de récepteurs HER2 à leur surface qui, là encore, contribuent à leur croissance et leur multiplication).

Mais les cancers digestifs sont des maladies très complexes et  multifactorielles. Ces tumeurs présentent de multiples altérations génétiques qui conduisent à la suractivation ou à l’inactivation de nombreux gènes. Résultat : dans le cancer du côlon, par exemple, si nous connaissons aujourd’hui la molécule cible du Bevacizumab/Avastin®, nous ne savons toujours pas déterminer par avance chez quel patient le médicament marchera. Même l’extraordinaire saga « EGF récepteur - anticorps monoclonaux anti-EGF récepteur (Cetuximab, Panitumumab) » a des limites.  Etonnamment, le traitement par Cetuximab ou Panitumumab ne fonctionne pas sur les patients (près de 40 %) dont les cellules cancéreuses présentent une mutation du gène RAS, alors que la fonction de ce gène semble pourtant assez éloignée du mécanisme d’action du médicament. 

Par ailleurs, nous sommes confrontés à des problèmes de tolérance. Ainsi, les traitements associant le Cetuximab et le Bevacizumab (ce médicament antiangiogénique bloque la fabrication des vaisseaux qui irriguent la tumeur) ne sont pas bien tolérés par les patients, alors que ces deux médicaments ciblent chacun une voie de signalisation différente. Tous ces résultats nous rendent humbles face à la maladie, mais ils ouvrent aussi de nouveaux champs de recherche.

Quels sont ces nouveaux champs de recherche ?

Marine Gilabert : Les chercheurs du CRCM tentent d’appréhender cette mécanique génétique complexe et de mettre à jour les marqueurs théranostiques, c’est-à-dire à double visée diagnostique et thérapeutique, qui nous font cruellement défaut. Ils explorent aussi la relation entre la tumeur et son environnement : l’équipe du Dr. Juan Iovanna et du Dr. Nelson Dusetti, tente ainsi de comprendre comment les cellules cancéreuses pancréatiques parviennent à survivre dans la milieu hostile qui les entoure. Ce travail pourrait déboucher sur de nouvelles cibles thérapeutiques à même d’abaisser la réponse au stress des tumeurs du pancréas.

Cette même équipe, en collaboration avec les cliniciens, a développé depuis 2011 un projet innovant, portant sur la recherche de biomarqueurs pronostiques et prédictifs de la réponse thérapeutique des tumeurs pancréatiques. Ce projet, intitulé PACAomics, impliquait l’analyse de tissus tumoraux pancréatiques prélevés lors des chirurgies ou lors des biopsies diagnostiques des patients.

L’objectif consistait, d’une part, à caractériser ces échantillons sur le plan moléculaire (gènes, protéines, etc.), afin d’analyser la complexité de la maladie pancréatique dans toutes ses dimensions et, d’autre part, à évaluer la sensibilité des tumeurs à différents agents thérapeutiques (chimiothérapies ou thérapies ciblées). Les résultats de cette étude ont fait l’objet de nombreuses publications de haut niveau dans des journaux médico-scientifiques de renommée internationale entre 2014 et 2017. Plus de cinq articles faisant maintenant référence sur le sujet ont été publiés par notre équipe. Une meilleure connaissance moléculaire des tumeurs pancréatiques, mais surtout la découverte de « signatures géniques» (agrégation particulière de certains gènes) permettant l’analyse de la sensibilité des patients à certaines chimiothérapies, ont vu le jour grâce à ce projet, qui a duré six ans.

D’autres pistes sont actuellement développées, avec la recherche dans le sang circulant de cellules tumorales ou d’ADN tumoral. Des études vont prochainement débuter visant à connaitre la valeur de ces nouveaux marqueurs pour apprécier l’agressivité des tumeurs et leur réponse aux traitements. Ces prélèvements sanguins, très complexes, pourraient nous permettre de mieux suivre l’éventuelle apparition de nouvelles anomalies au niveau des tumeurs et ainsi de mieux piloter les traitements dits ciblés.

Maj le 05/02/2018

L’équipe de médecine translationnelle dédiée aux cancers digestifs

Docteurs et chercheurs de l'équipe

  • Erwan BORIES (Docteur)
  • Fabrice CAILLOL (Docteur)
  • Cécile DE CHAISEMARTIN (Docteur)
  • Jean-Robert DELPERO (Professeur)
  • Slimane DERMECHE (Docteur)
  • Nelson DUSETTI
  • Jacques EWALD (Docteur)
  • Catherine FAUCHER-BARBEY (Docteur)
  • Marine GILABERT (Docteur)
  • Marc GIOVANNINI (Docteur)
  • Anthony GONÇALVES (Professeur)
  • Jérôme GUIRAMAND (Docteur)
  • Juan IOVANNA
  • Bernard LELONG (Docteur)
  • Emilie MAMESSIER
  • Hélène MEILLAT (Docteur)
  • Laurence MOUREAU-ZABOTTO (Docteur)
  • Christian PESENTI (Docteur)
  • Flora POIZAT (Docteur)
  • Genevieve RANCHIN/MONGES
  • Jean-Philippe RATONE (Docteur)
  • Pauline RIES (Docteur)
  • Jean frederic SAUNIERE
  • Olivier TURRINI (Docteur)

Cancer du pancréas : identifier les mécanismes de sensibilité aux chimiothérapies grâce à la biologie moléculaire

A partir des résultats issus du projet PACAomics, les cliniciens de l’IPC vont collaborer avec l’équipe du CRCM sur un grand projet clinique qui démarre en Janvier 2018.
Ce projet, appelé Oncosnipe, vise à développer de manière plus approfondie, via des prélèvements tumoraux effectués chez les patients atteints d’un cancer du pancréas, les approches d’examens moléculaires (génomique, protéomique) pour identifier quel patient sera sensible à quelle chimiothérapie.
Il s’agit d’un essai particulièrement innovant qui pourrait nous amener à court terme à traiter les patients de la façon la plus proche possible d’une médecine personnalisée. 

> En savoir plus sur ce projet.