Joindre l'IPC

04 91 22 33 33

 Prendre rendez-vous

04 91 22 30 30

Le cancer du rein : un cancer mieux détecté et mieux soigné

L’incidence du cancer du rein a connu une augmentation de l’ordre de 20 % en l’espace de 30 ans. Cette évolution est liée au vieillissement de la population, à l’impact de facteurs de risque reconnus - le tabac, l’obésité et l’hypertension artérielle (voir ci-dessous), mais aussi à une meilleure détection de ces cancers : le recours plus fréquent à l’imagerie médicale permet d’identifier de façon fortuite et précoce plus de cancers du rein. Une détection qui a radicalement changé la prise en charge et les pronostics de guérison, plus favorables aujourd’hui.

 

L’IPC expert régional pour les tumeurs rares du rein


Entretient avec le Docteur Gwenaelle Gravis, Oncologue, spécialisée dans les cancers urologiques, et référente régionale au sein des réseaux d’experts… 

 

Des formes rares de cancers peuvent toucher tous les organes, notamment les reins .

 

Quelles différences présentent les cancers du rein « rares », par rapport aux autres ?

Ils se différencient essentiellement par leur forme histologique : environ 80 % des tumeurs du rein sont ce que l’on appelle des cancers à cellules claires, contrairement aux tumeurs rares du rein. La classification en cancer rare du rein peut aussi tenir à la jeunesse du patient, comme le carcinome médullaire rénal ou les formes familiales qui touchent des patients jeunes. Ces cas rares représentent de 1 500 à 2 000 cas par an sur 13 000 cancers du rein. A l’IPC, c’est une quinzaine de patients par an.

Le diagnostic se fait par un prélèvement analysé par l’anatomopathologiste ?

Tout à fait, et d’ailleurs l’anatomopathologiste joue un rôle clef dans ces formes rares de cancer. L’analyse est déterminante, un exemple : elle permet d’identifier des formes héréditaires, et donc de proposer une consultation d’oncogénétique afin de déterminer le risque familial sur ces formes rares, sur le rein mais aussi sur d’autres organes. Ainsi, une altération du gène TFE-3, peut être retrouvée dans des tumeurs rares du rein, observées chez des patients jeunes. Un réseau de référence national CARARE (Cancer rare du rein), soutenu par l’INCa, a pour objectif de recenser les tumeurs rares du rein, en lien avec 14 réseaux régionaux experts, dont celui de Marseille, où nous travaillons avec l’AP-HM. Je suis la référente oncologue et le Professeur Laurent Daniel de l’AP-HM est référent anatomopathologiste. Les spécialistes et établissements de la région peuvent nous adresser les dossiers de leurs patients qui sont étudiés lors de réunions de concertation pluridisciplinaires (RCP) de recours.

L’objectif est de permettre à tous les patients de bénéficier du meilleur niveau d’expertise. Dans ce cadre, l’anatomopathologiste procède à une deuxième lecture pour déterminer le type de la tumeur. Après cette 2ème lecture régionale, une lecture peut aussi être faite au niveau national, si l’anatomopathologiste et l’oncologue ont un doute. A l’issue de ces RCP de recours et de ces relectures, un plan de surveillance ou de traitement est déterminé.


Comment traite-t-on les cancers rares du rein ?

Certains de ces cancers sont indolents, d’autres à haut risque métastatique. Quand la maladie est localisée, l’analyse anatomopathologique fine permet de prédire le degré de surveillance qui est requis. La chirurgie est un recours selon la taille de la tumeur, et, depuis quelques années, la radiologie interventionnelle avec la cryothérapie ou la radio fréquence pour détruire certaines petites tumeurs après analyse anatomopathologique. Le cancer du rein métastatique est traité en première intention par les anti-angiogéniques (molécules inhibant la formation des vaisseaux). En situation d’échec de ces traitements, l’immunothérapie ou d’autres anti-angiogéniques sont efficaces.

En général, les tumeurs du rein métastatiques répondent mal ou pas du tout à la chimiothérapie. Certaines comme les tumeurs rares, dites de Bellini sont sensibles à la chimiothérapie. Un essai clinique mené au sein de la Fédération UNICANCER évalue dans cette forme rare de Bellini l’association d’une chimiothérapie et d’un anti angiogénique.

C’est l’intérêt de travailler en réseaux pour les cancers rares : comme chacun a trop peu de patients pour les essais cliniques, regrouper les patients au niveau national ou international fait avancer nettement nos connaissances et la prise en charge thérapeutique des patients.

La difficulté est la grande variabilité de ces formes rares, qui ne répondent pas aux mêmes indications de traitement. Chaque traitement est personnalisé non seulement en fonction de l’histologie de la tumeur, mais aussi en fonction du profil du patient : son âge, son état cardiaque… c’est la somme d’une pléthore d’informations qui dicte le traitement. C’est l’enjeu du Big data, déterminer dans un groupe de cancers, le traitement personnalisé selon le profil du patient et de sa tumeur…

Le traitement à l’IPC : privilégier une approche mini-invasive.


La majorité des cancers du rein sont des tumeurs de petite taille, localisées (pour environ 80 % des cas au moment du diagnostic). Ce qui explique que deux cancers sur trois au moins sont découverts fortuitement, à l’occasion d’une échographie ou d'un scanner. Dans la majorité des cas également, un seul rein est touché, l'atteinte des deux reins étant exceptionnelle.

Les lésions relevant de la simple surveillance

Du fait de la découverte fortuite de petites lésions cancéreuses rénales, certains cas ne réclament qu’une surveillance sans intervention. Cette option n'est envisageable que si la tumeur est de petite taille, de faible agressivité sur les données de la biopsie et ne progresse pas au cours du suivi.

Selon les résultats des examens menés dans le cadre du suivi, l’équipe évalue le meilleur choix pour le patient : surveillance ou intervention.

En première intention, la chirurgie

Quand une intervention est nécessaire, la chirurgie est le traitement le plus fréquemment proposé pour réaliser l'ablation de la tumeur. Aujourd’hui, néanmoins, d’autres techniques de radiologie interventionnelle sont possibles dans certains cas.

Le type de chirurgie proposée dépend de la taille de la tumeur

Selon la localisation de la tumeur, le chirurgien urologue décide de la meilleure stratégie, en essayant de privilégier si possible une néphrectomie partielle, à condition qu’elle soit techniquement possible et sans impact sur le pronostic.

Pour les tumeurs localisées, la chirurgie est généralement partielle (néphrectomie partielle). L’intervention consiste à n'enlever que la partie du rein où se situe la tumeur, ce qui permet de conserver la fonction de l’organe, sachant que la moitié d’un rein suffit à assurer l’autonomie rénale.

Pour les tumeurs qui sont mal positionnées pour relever de  la chirurgie partielle, l'intervention vise à ôter la totalité du rein malade, ainsi que tous les tissus qui l'entourent : il s’agit d’une néphrectomie totale.

A l’Institut Paoli-Calmettes, ces interventions sont réalisées en favorisant une approche mini-invasive, par robot chirurgical pour la chirurgie partielle, par coelioscopie classique pour l’ablation totale :

- La chirurgie robotique extraie la tumeur par une incision de la taille d’une boutonnière, une pratique mini-invasive qui favorise les suites opératoires ;

- En cœlioscopie, le chirurgien travaille sous caméra en introduisant des instruments à travers la paroi abdominale par de petites incisions.

Le traitement anti-angiogénique de la maladie métastatique.


Le cancer du rein n’est pas une maladie sensible à la chimiothérapie. En complément des autres traitements (chirurgie, radiologie interventionnelle), les médicaments de référence sont des traitements appelés anti-angiogéniques : ils ont pour but de bloquer la prolifération vasculaire, c’est-à-dire la fabrication des vaisseaux sanguins irriguant les tumeurs.

Ces médicaments s’administrent par voie orale. Ils nécessitent une surveillance clinique et biologique régulière car ils peuvent occasionner des effets indésirables digestifs, cardiovasculaires, métaboliques, cutanés, muqueux…

Enfin, notre collaboration nationale et internationale à des essais cliniques dans cette pathologie pourra conduire votre oncologue à vous proposer une prise en charge thérapeutique innovante. Notamment, de nouveaux traitements d'immunothérapie, qui stimulent le système immunitaire, ont récemment montré leur efficacité dans le cancer du rein.


Les thermo-ablations : des méthodes non invasives contre les petites tumeurs et les métastases

Lorsque la tumeur est de petite taille, c’est à dire moins de 4 cm, localisée à l’extérieur du rein, éloignée d’autres organes et bien accessible par une aiguille passée à travers de  la peau (per cutanée), l’équipe en charge des cancers urologiques peut être amenée à proposer un traitement par thermo-ablation (cryothérapie ou radiofréquence).

Guidée par un scanner interventionnel, qui offre une vision en 3 D, sous anesthésie générale, la cryothérapie consiste à implanter des « cryosondes » - de fines aiguilles - qui vont geler la tumeur pour la détruire.

Pratiquée également sous scanner, la radiofréquence consiste, au contraire, à détruire les petites tumeurs en les soumettant à une chaleur de 60 degrés ou plus.

Dans certains cas, pour les cancers métastatiques, ces thermo-ablations peuvent être proposées en complément du traitement anti-angiogénique.

En savoir plus sur les thermo-ablations

Les reins

Les reins sont situés dans l’abdomen sous le thorax, de part et d’autre de la colonne vertébrale. En élaborant l’urine à partir du sang, ils jouent le rôle de filtres. Ils participent à l’épuration du sang et à l’élimination des déchets de l’organisme. L’urine fabriquée par les reins est drainée par les uretères vers la vessie où elle est stockée entre deux mictions. Un seul rein peut suffire à assurer cette fonction d’épuration.

Chiffres-clefs

Environ 11 000 nouveaux cas par an en France selon l'INCa, le cancer du rein arrive en 3ème place, par ordre de fréquence, parmi les tumeurs urologiques, après le cancer de la prostate et celui de la vessie, et au 8ème rang des cancers en général. Il touche deux fois plus d’hommes que de femmes, avec un âge moyen de survenue estimé à 62 ans. Les formes familiales sont rares : elles ne concernent qu’un individu sur 36 000. 

Ressources

  Association Française d’Urologie 

  Association Européenne d’Urologie (European Association of Urology – EAU)