Les thérapeutiques innovantes
Les anticorps monoclonaux
Un anticorps est une molécule naturelle qui reconnaît spécifiquement une autre molécule, l'antigène. Notre système immunitaire produit des anticorps dirigés contre les bactéries et les virus. On sait que les cellules cancéreuses portent des antigènes mais l'organisme ne produit pas d'anticorps efficaces contre eux. Depuis quelques années, on sait produire des anticorps très purs: les anticorps monoclonaux.
Cette nouvelle classe thérapeutique est représentée dans le cancer du sein par le trastuzumab. Prochainement, un autre médicament devrait être disponible dans le cas de cancer avec des métastases (lapatinib).
Ces médicaments peuvent être utilisés seuls ou en association avec d'autres médicaments ciblés ou à de la chimiothérapie.
Bien d'autres médicaments sont en cours d'études dans le cancer du sein ou d'autres cancers. A l'avenir, il est probable que l'on disposera de nombreux médicaments de ce type.
L'antiangiogenèse
Le développement de nouveaux vaisseaux dans l'organisme s 'appelle angiogenèse. De nombreux cancers sont capables de stimuler ce phénomène et d'entraîner la formation de nouveaux vaisseaux qui vont alimenter la tumeur, lui permettre de grossir et de se disséminer dans l'organisme. En étudiant les mécanismes de formation de ces vaisseaux, on a pu identifier des molécules bloquant ce phénomène. Ces traitements sont dits « anti-angiogéniques ». Leur but est d'arrêter la formation de nouveaux vaisseaux et de détruire le réseau de vaisseaux anormaux de la tumeur pour bloquer son développement et prévenir la formation de métastases. Ces traitements s'attaquent uniquement aux cellules des vaisseaux en train de se former et non aux cellules normales des autres vaisseaux laissant supposer une bonne tolérance.
Cette nouvelle classe thérapeutique est en cours d'évaluation dans le cancer du sein dans le cadre d'essais cliniques.
Ces médicaments peuvent être utilisés seuls ou en association avec d'autres médicaments ciblés ou de la chimiothérapie.
Un médicament est déjà disponible dans le cancer du sein métastatique. La recherche se poursuit avec d'autres médicaments et à d'autres stades de la maladie.
La thérapie génique
La meilleure compréhension des mécanismes qui rendent la cellule cancéreuse permet aussi d'envisager de modifier à l'intérieur de la cellule ces dysfonctionnements. Ceci peut se concevoir à partir des techniques de thérapie génique. Ces techniques ont pour but d'aller modifier le génome de la cellule cancéreuse : grâce à des virus qui serviront de vecteurs, on peut intégrer de nouveaux gènes dans le noyau de la cellule cancéreuse et donc rajouter un gène fonctionnant normalement pour suppléer un gène inefficace ou insérer un gène qui va provoquer la mort de la cellule cancéreuse. Cette technique rencontre encore de nombreux problèmes de mise au point, mais des essais utilisant la thérapie génique en association avec les chimiothérapies conventionnelles sont en train de voir le jour.
Microarrays
Le microarray est une technique récente qui permet d'analyser le profil d'expression des gènes des cellules. Cette technique peut s'appliquer aux cellules tumorales. Le but de cette analyse est d'essayer de trouver des anomalies des gènes ou de leur façon de s'exprimer. Les techniques disponibles permettent d'analyser l'expression de dizaines de milliers de gènes à partir d'un échantillon tumoral et dresser ainsi un véritable portrait moléculaire de la tumeur ou carte d'identité de la tumeur.
Grâce à cette technique, une meilleure compréhension des mécanismes qui rendent la cellule cancéreuse a permis de mettre au point de nouvelles molécules qui pourraient agir directement sur ces dérèglements cellulaires. On peut citer les inhibiteurs de la Farnésyl-transférase, les molécules antisense contre la protéine Bcl2. L'ensemble de ces nouveaux traitements font actuellement l'objet d'études cliniques, seul ou en association avec les médicaments de chimiothérapie.
La recherche clinique
À quoi servent les essais cliniques
Les essais cliniques appelés aussi recherche clinique ou biomédicale, études cliniques ou essais thérapeutiques sont les moyens qui permettent aux médecins d'évaluer les nouveaux traitements. Leur but est de rechercher la meilleure façon de traiter les patients. Ces essais évaluent différents types de traitements : nouvelles molécules de chimiothérapie, nouvelles techniques d'irradiation ou de chirurgie, nouvelles associations de médicaments ou nouvelles méthodes comme la thérapie génique, l'immunothérapie ou autre technique.
Les essais cliniques contribuent à la connaissance et aux progrès contre le cancer. Ils sont faits pour répondre aux questions que se posent les médecins et les aident à trouver de nouvelles voies de traitement ou amélioration de celui-ci. Quand un nouveau traitement fait preuve de son efficacité à la fin d'un essai clinique, il devient le traitement de référence avec lequel seront soignés de nombreux patients. La plupart des traitements que les patients reçoivent aujourd'hui sont les résultats d'essais cliniques auxquels de nombreux autres patients ont accepté de participer.
Les différents types d'essais cliniques
L'essai clinique fait partie d'un long processus de recherche. Dans un premier temps, la recherche d'un nouveau traitement va débuter dans un laboratoire où des scientifiques développent et testent de nouvelles idées par des expériences sur des cultures de tissu ou à défaut sur des animaux. Puis, si les premiers résultats semblent intéressants, le nouveau traitement va faire l'objet, toujours sur des animaux d'une première évaluation de son efficacité et de sa tolérance. Cela permet d'éliminer les traitements qui ne sont pas assez efficaces ou sont trop toxiques.
Il sera ensuite administré à l'être humain dans le cadre d'essais cliniques en quatre étapes successives : La première étape va déterminer le meilleur moyen de donner le médicament aux patients (par exemple par voie orale, ou intra-veineuse), de noter les effets indésirables qu'il peut déclencher et de connaître la dose maximale tolérée. Ces essais sont dits de phase I et ne comprennent qu'un petit nombre de patients.
La deuxième étape va essayer de déterminer l'efficacité de la substance, la dose ayant été choisie dans les essais de phase I. Ces essais sont dits de phase II.
La troisième étape consiste à comparer le nouveau traitement au traitement de référence du cancer étudié pour savoir s'il est meilleur ou non. Ces essais sont dits de phase III et nécessitent la participation de nombreux patients.
Les essais de phase IV commencent après la commercialisation du produit. Ils visent à affiner la connaissance du produit en terme de sécurité, de condition d'utilisation et de posologie. Ils permettent de déceler des effets indésirables rares.
Critères d'inclusion ou pourquoi sélectionner des patients
Chaque essai va s'adresser à une population de patients qui est définie au départ par des critères d'inclusion : quel type de cancer, à quel stade d'évolution, l'absence d'autre maladie qui pourrait contre-indiquer l'administration des traitements (insuffisance hépatique, insuffisance rénale...). Cela permet d'avoir des résultats fiables, de protéger les patients chez qui le traitement pourrait être toxique ou ne pas être efficace.
Qu'est-ce que la randomisation ?
Dans la plupart des essais (phase III, voire phase II), le choix du traitement que recevra le patient (traitement testé ou traitement de référence) est laissé au hasard ; cette méthode s'appelle la randomisation (de l'adjectif anglais « random » fruit du hasard). Elle s'effectue par tirage au sort. Elle permet d'éviter que des choix humains ou d'autres facteurs non dus aux traitements puissent venir perturber les résultats de l'essai. Comparer deux groupes de patients identiques prenant un traitement différent pour le même type de cancer est un moyen d'être sûr que les résultats de l'essai sont réels et dus aux traitements. Comparer deux traitements permet de savoir lequel est le mieux toléré ou le plus efficace.
Les aspects réglementaires
Dans un essai clinique, deux choses sont importantes : la sécurité du patient et le but de la recherche. Chaque essai est conçu comme un plan d'action qui explique clairement comment les choses vont se dérouler. L'investigateur de l'essai (un médecin) prépare ce plan d'action (protocole). Celui-ci explique ce qui doit être fait durant l'essai et pourquoi. Il décrit combien de patients prendront part à l'étude, quels types d'examens seront réalisés et comment les traitements de l'essai seront donnés aux patients. Pour la sécurité du patient, chaque essai doit être examiné et approuvé par un comité d'éthique, le CPP (Comité de Protection des Personnes) et l'AFSSAPS (Agence Française de sécurité sanitaire des produits de santé) ou la DGS (Direction Générale de la Santé). Sans ces avis, l'essai ne peut débuter. Le CPP comprend des médecins, des psychologues, des assistantes sociales, des scientifiques et juge de l'intérêt de l'étude pour les patients et de l'absence de danger pour les personnes qui y participent. Il s'assure aussi que le patient recevra une information claire et complète sur l'étude avant d'y participer et de donner son consentement libre et éclairé. Ces procédures sont régies par la loi de santé publique du 09 Août 2004 modifiant la loi Huriet-Sérusclat du 20 Décembre 1988.
Vos droits
Quand votre médecin vous proposera de participer à un essai, il vous remettra une notice d'information : celle-ci vous explique les buts de cette étude, les bénéfices et les risques attendus, les traitements de l'essai, leurs effets secondaires connus, ainsi que le déroulement de cette étude. Si vous acceptez d'y participer, votre médecin vous demandera de signer avec lui un formulaire de consentement éclairé : celui-ci signifie que vous avez reçu toutes les informations nécessaires avant de prendre votre décision et atteste de votre liberté de choix. Il matérialise une relation de partenariat entre vous et votre médecin.
Vous avez le droit d'interrompre votre participation à cet essai à tout moment sans avoir à vous justifier. Votre médecin vous proposera alors un autre traitement et vous continuerez à bénéficier des meilleurs soins possibles. Participer à un essai clinique est votre décision. Il existe d'autres traitements possibles de votre maladie, vous pouvez en discuter avec votre médecin et faire ensemble le meilleur choix pour vous.
Si, au cours de l'essai, le traitement que vous recevez ne vous convient pas (effets secondaires ou inefficacité), votre médecin arrêtera l'essai et vous donnera un autre traitement.