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« Mon cancer du sein, une grossesse inversée »

DIAGNOSTIQUÉE À L’ÂGE DE 48 ANS, ROSEMARY RACONTE SON PARCOURS DE SOINS : DE L’ANNONCE À L’APRÈS-CANCER.

  « Ma mère étant décédée d’un cancer du sein, j’étais suivie par mon gynécologue dans le Var. Début 2011, une anomalie a été décelée lors d’un contrôle. Très occupée par mon métier, j’ai repoussé les examens complémentaires. Mais, le radiologue a insisté sur les signes avant-coureurs.

 Effectivement, mon gynécologue m’a confirmé le diagnostic par téléphone. Cela a été très rude et a donné un coup d’arrêt à ma carrière.

J’avais besoin d’un second avis médical, j’ai donc pris rendez-vous avec le Dr Maria Cappiello, oncologue à l’IPC. Je savais que j’y serai entre de bonnes mains. Très vite, le Dr Marie Bannier m’a parlé de la mastectomie.

Cette annonce en trois temps était un coup de massue : la maladie, le stade et la chirurgie. Combative, j’ai pensé à mon mari et à mon fils, puis j’ai organisé mon quotidien pour faire face à la maladie. Après chaque consultation, j’avais rendez-vous avec la psychologue de l’IPC, ce qui a été bénéfique.

 Lors de la 1ère intervention, j’avais espoir que les ganglions « sentinelles » soient sains. Mais, j’ai subi une 2nde intervention pour retirer la chaîne ganglionnaire.

A ce moment-là, j’ai expliqué à mon fils de 6 ans ½: « Toi, tu joues au château fort. C’est pareil pour Maman, elle essaie d’être le château fort.

Dedans il y a des sentinelles, qui font les 100 pas pour empêcher la maladie d’entrer. Les premiers sont touchés, il faut donc enlever les autres. S’il faut passer par là c’est qu’ils ont joué le rôle de rempart à la maladie. C’est bon signe ». La cicatrice post-opératoire vous rappelle que vous êtes encore là, combattante. Petit à petit cette trace, parfois disgracieuse, devient une amie.

Puis, vient le temps éprouvant de la chimiothérapie. Le Dr Maria Cappiello m’a conseillé d’acheter rapidement une perruque pour cacher l’éventuelle chute de cheveux. Mon taxi m’a alors proposé son aide. Elle m’a accompagnée chez un perruquier pour choisir. A l’époque, j’avais les cheveux longs et j’ai demandé à mon fils : « Est-ce que tu veux que Maman se coupe les cheveux pour s’habituer ? ». Il a accepté et je suis allée chez le coiffeur. Deux jours après, j’avais la coupe à l’iroquois. C’était difficile.

 Pendant la 1ère phase de chimiothérapie, j’ai été hospitalisée en chambre stérile pour une chute d’immunité. La lecture, véritable fenêtre d’évasion de l’imaginaire, m’a permis de faire un travail sur moi pour comprendre et accepter la maladie. Ensuite, la radiothérapie m’a affaiblie moralement et physiquement. A ce moment-là, j’avais besoin de me prouver que j’étais capable de travailler. Anciennement formatrice et responsable développement, j’ai travaillé quelques jours en tant qu’animatrice en centre aéré : un moyen de prendre un essor pour rebondir, tester ma résistance à la fatigue d’une journée auprès d’enfants, ce fut concluant.

Un an après ma mastectomie, le Dr Marie Bannier m’a orientée pour une reconstruction mammaire et j’ai choisi la solution qui me semblait la plus adaptée : une reconstruction par lambeau du grand dorsal sans prothèse, réalisée à l’hôpital de la Conception par le Dr Irani. Suite à une surinfection, j’ai dû rester un mois à l’hôpital sous traitement.

En fait, mon cancer du sein a été une grossesse inversée. Enceinte, on prend du poids, on s’épanouit. Atteinte du cancer, on perd du poids, on s’amoindrit. Les trois premiers mois d’une grossesse, il y a l’effet d’annonce et la construction identitaire de la mère. Les premiers mois du cancer, on perd son identité de mère et de femme. Au final, on accouche de soi-même et il faut chercher sa force au-delà de l’apparence physique.

La maladie nous engage dans un processus de changement : le corps, l’état général, l’identité de femme. Accepter ce processus, c’est accompagner le changement. Il faut chercher l’être qui est en soi et différentes étapes sont nécessaires pour enrichir notre processus de reconstruction. La maladie oblige à acquérir une autre philosophie pour gérer sa vie différemment.

 Aujourd’hui, je souhaite capitaliser sur cette maladie pour en faire quelque chose dans ma vie personnelle et professionnelle. Je cherche un emploi dans la formation et l’accompagnement au changement auprès des malades, des personnels soignants. Je continue aussi à écrire.

Depuis le début, l’écriture est une soupape et un moyen d’être un passeur de son histoire personnelle. On pose sur le papier, ce qu’on ne peut pas toujours dire à ses proches. »