Cancer et personnes âgées : sous l’égide de l’INCa, la coopération des grands acteurs de l’oncogériatrie en PACA OUEST offre une nouvelle dynamique pour les patients âgés atteints de cancer
Suite à l’appel à projets 2011 de l’INCA sur le déploiement national d’unités de coordination en oncogériatrie, le groupement de coopération sanitaire AP-HM/IPC réunissant, dans le cadre d’un nouveau partenariat, l’Assistance Publique-Hôpitaux de Marseille et l’Institut Paoli-Calmettes, vient d’être retenu en tant qu’unité de coordination en oncogériatrie (UCOG) pour l’ouest de la région PACA. Sous la coordination du Dr Frédérique Rousseau de l’IPC, pour l’oncologie, et du Dr Elodie Crétel de l’AP-HM, pour la gériatrie, l’UCOG PACA Ouest va favoriser l’accès à l’oncogériatrie des patients âgés atteints de cancer, dont le nombre est en constante augmentation.
Cette nouvelle entité régionale va poursuivre et renforcer le travail de l’unité pilote de coordination en oncogériatrie (UPCOG) créée en 2006 suite à un 1er appel à projets de l’INCA. En cinq ans, l’équipe mixte Institut Paoli-Calmettes / Centre Gérontologique Départemental de Montolivet a impulsé une réelle dynamique auprès des différents centres prenant en charge les patients âgés souffrant de cancer
Les explications du Dr Frédérique Rousseau, oncologue médical, responsable de l’unité d’oncogériatrie de l’Institut Paoli-Calmettes.
Interview du Dr Frédérique Rousseau
Dr F.R. : L’oncogériatrie a émergé dans les années 90. Elle allie deux approches, celle des oncologues et celle des gériatres, afin de prendre en charge le cancer en tenant compte des phénomènes du vieillissement, que celui-ci soit sain ou pathologique, dans le cadre d’une approche globale du patient.
Aujourd’hui, l’oncogériatrie répond à un problème majeur de santé publique. En effet, d’une part le pourcentage des « 65–70 ans et plus » dans la population est en constante augmentation, d’autre part 70 % des cancers surviennent après 70 ans. Ainsi, 20 000 personnes sont prises en charge chaque année à l’Institut Paoli-Calmettes. Les 2/3 de ces patients, traités pour un cancer du côlon, du sein, du poumon ou de la prostate, ont plus de 70 ans.
En quoi la prise en charge d’un patient âgé est-elle différente de celle d’un adulte ?
Dr F.R. : Pour tout individu, les traitements du cancer sont lourds, agressifs, longs, avec un retentissement notable sur l’ensemble des aspects de la vie quotidienne. Ce retentissement s’avère d’autant plus marqué que la personne est fragile sur le plan social, ce qui est plus fréquent chez les sujets âgés.
Par ailleurs, si le vieillissement en soi n’est pas une maladie, il entraîne chez l’individu une diminution des réserves fonctionnelles de l’organisme. D’un point de vue médical, l’âge peut influencer un traitement en termes d’efficacité mais également de tolérance. Chez le patient âgé, les effets secondaires des traitements sont accentués, les réactions de toxicité également, la vulnérabilité suite à de la chimiothérapie réelle.
En réalité, le patient âgé atteint de cancer est la version complexifiée de son homologue de moins de 70 ans. Au-delà de sa pathologie cancéreuse, se posent les problématiques liées à son âge et à son état de santé sous-jacent, c’est à dire « tout le reste ». Et si tout patient de plus de 70 ans n’a pas automatiquement besoin d’une prise en charge gériatrique en soi, dans tous les cas, son parcours thérapeutique nécessite une attention particulière, une stratégie globale et anticipative.
Depuis 12 ans, L’IPC investit le champ de l’oncogériatrie : pour quels résultats ?
Dr F.R. : Jusqu’à ces dernières années, il n’existait pas, en France, de filières de soins d’oncogériatrie clairement identifiées. De plus, alors qu’ils constituent une fraction non négligeable des patients atteints de cancer, les plus de 70 ans étaient absents des essais thérapeutiques. Résultat : des référentiels de traitement élaborés à partir d’études où ils sont sous représentés, et un manque notoire de références validées pour cette population spécifique.
Dès 2000, l’IPC s’est effectivement investi dans des projets de recherche en oncologie. Et en 2006, suite à un premier appel à projets de l’INCA, nous avons été labellisés, en partenariat avec le Centre Gérontologique Départemental de Montolivet, unité pilote de coordination en oncogériatrie (UPCOG) pour la région PACA.
Cela nous a permis de créer une unité de soins. Une équipe a été embauchée, une plateforme de consultation Sénior a été ouverte, une unité d’hospitalisation pilote de 10 lits a été mise en place. Parallèlement, le nombre de sujets âgés inclus dans des essais cliniques a augmenté. La recherche s’est également développée sur des thématiques spécifiques : toxicité, critères prédictifs de la relation bénéfice - risque appropriés à cette population…
Enfin, afin de développer la culture oncogériatrique, tant chez les professionnels de santé qu’auprès du grand public, nous avons créé des modules de formation pour les IDE, ou encore les médecins généralistes ou spécialistes. Nous avons également travaillé sur l’information du grand public : articles dans la presse régionale et nationale, émissions de radio.
Aujourd’hui, vous passez du statut d’unité pilote de coordination
en oncogériatrie (UPCOG) à celui d’unité de coordination en oncogériatrie (UCOG).
Qu’est-ce qui change ?
Dr F.R. : Un nouveau partenariat est mis en place avec l’Assistance Publique des Hôpitaux de Marseille (AP-HM), l’autre grande structure publique de l’ouest de PACA, avec l’institut Paoli-Calmettes, à traiter des patients âgés ayant un cancer. Concrètement, notre périmètre d’action change. Ce second projet, en effet, vise à diffuser les savoir-faire à plus grande échelle encore, de façon à répondre aux besoins émergents des patients de PACA-Ouest ou originaires de Corse.
Quels sont, à 5 ans, les objectifs majeurs de cette nouvelle UCOG ?
Dr F.R. : Tout d’abord, favoriser les décisions conjointes entre gériatres et oncologues afin de mieux adapter les traitements des patients âgés atteints de cancers. La réunion de concertation pluridisciplinaire de recours gériatrique en visioconférence, où sont discutés les cas complexes concernant des patients particulièrement fragiles, sera désormais organisée en alternance à l’IPC et sur le site de l’AP-HM. Progressivement, elle sera élargie à l’ensemble des nouveaux centres hospitaliers partenaires.
Ensuite, nous allons accentuer la diffusion de l’information, afin de promouvoir la prise en charge des patients âgés atteints de cancer et de la rendre accessible à tous. Dans cette optique, nous allons mettre en ligne un portail d’information dédié à l’oncogériatrie. De plus, pour homogénéiser les prises en charge oncogériatriques dans la région, en l’absence de référentiel officiel, nous allons créer une charte de prise en charge oncogériatrique.
Bien entendu, nous comptons poursuivre nos travaux de recherche. Quant aux actions de formation, elles vont nettement s’amplifier.
Les patients de plus de 70 ans pris en charge à l’IPC
Patients pris en charge à l’IPC
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